Éolien offshore et biodiversité
Comment concilier énergie et protection de la mer ?
Le développement de l’éolien en mer du Nord s’impose aujourd’hui comme un levier essentiel de la transition énergétique. Mais il suscite aussi de nombreuses questions : quel impact sur la biodiversité marine ? Peut-on concilier production d’énergie renouvelable et protection des écosystèmes ? Et quel rôle les citoyens peuvent-ils jouer dans ces choix ?
Pour y répondre, nous avons échangé avec Sarah Van den Eede, Senior Ocean Policy Officer au WWF, où elle défend la protection des écosystèmes marins et côtiers et plaide pour des usages durables de la mer, forte d’un doctorat en sciences marines et d’une expérience en études d’impact environnemental.

Un fil rouge traverse cet entretien : la transition énergétique ne peut être considérée comme réussie que si elle est bonne pour le climat, bonne pour la nature et bonne pour la société. Une vision systémique qui fait écho à l’engagement des coopératives citoyennes réunies au sein de SeaCoop.
1. Doit-on s’inquiéter de l’impact des éoliennes offshore sur la biodiversité ?
Il faut être clair : oui, il y a un impact. Installer des infrastructures, en mer ou ailleurs, ne peut se faire sans impact. Mais la réalité est plus nuancée qu’un simple impact négatif.
D’une part, ces effets sont aujourd’hui bien étudiés, notamment en Belgique, qui dispose d’un des programmes de monitoring les plus avancés au monde.
D’autre part, cet impact doit être replacé dans un contexte plus large :
- le développement de l’éolien offshore contribue à la production d’énergie renouvelable
- et donc à la lutte contre le changement climatique, qui reste la plus grande menace pour les océans
Autrement dit, il s’agit d’un équilibre à trouver entre un impact local sur les écosystèmes et un bénéfice global pour le climat.
La question n’est plus de savoir s’il y a un impact, mais comment le gérer intelligemment et jusqu’où l’accepter en tant que société.
2. Quelles sont les principales pressions sur la biodiversité marine et quelles espèces sont concernées ?
L’océan est un écosystème complexe, structuré en plusieurs “couches” : le fond marin, la colonne d’eau, la surface et l’air. Chacune abrite des espèces différentes, des organismes microscopiques jusqu’aux mammifères marins et aux oiseaux.
Les impacts des parcs éoliens varient selon ces milieux :
- Le bruit, surtout lors de la construction ou du démantèlement, peut perturber les mammifères marins et certains poissons.
- Les champs électromagnétiques générés par les câbles influencent des espèces qui s’orientent ou se reproduisent grâce à ces signaux.
- Les modifications du fond marin modifient l’habitat de nombreux organismes.
- Les changements de comportement (migration, alimentation) concernent plusieurs espèces.
Ces impacts peuvent aussi toucher des organismes invisibles à l’œil nu, comme le plancton, encore insuffisamment étudiés mais fondamentaux pour l’équilibre de l’écosystème et de la chaîne alimentaire.
L’enjeu est donc systémique : ce n’est pas une espèce isolée qui est concernée, mais l’ensemble du fonctionnement du milieu marin qui est impacté.
3. Le développement des parcs éoliens peut-il aussi avoir des effets positifs ?
Oui, mais cet aspect dépend des choix qui sont posés.
Aujourd’hui, les parcs éoliens sont généralement fermés à certaines activités humaines comme la pêche industrielle ou la navigation. Cela limite fortement les perturbations du fond marin, qui constituent l’une des pressions les plus importantes sur les écosystèmes.
Les structures peuvent également agir comme des récifs artificiels et attirer certaines espèces.
Mais il faut rester prudent :
- cette biodiversité est créée par l’infrastructure
- et elle ne correspond pas toujours aux écosystèmes naturels que l’on cherche à préserver
Le développement offshore génère donc à la fois des effets positifs locaux et des transformations du milieu, qu’il faut étudier et encadrer.
4. Qu’est-ce que le “nature inclusive design” et peut-on le rendre obligatoire ?
Le “nature inclusive design” consiste à intégrer la biodiversité dès la conception des projets offshore, jusqu’à leur démantèlement.

@Hendrik Gheerardyn, à la demande du WWF-Belgique
Concrètement, cela peut inclure :
- l’adaptation des structures,
- la réduction du bruit et des perturbations,
- l’arrêt temporaire des turbines lors de migrations d’oiseaux,
- ou encore une meilleure prise en compte des habitats existants.
Aujourd’hui, les solutions existent et sont connues.
Le véritable enjeu est politique : 4Sea plaide pour intégrer ces exigences dans les appels d’offres (via des critères non liés au prix) et dans les permis environnementaux.
Sans critères dédiés, comme c’est le cas actuellement pour le développement de la future zone Elisebeth, ces pratiques restent volontaires, au contraire d’autre pays où le « nature inclusive design » est pris en compte comme aux Pays-Bas. Avec des règles claires, ces règles peuvent devenir un standard, au service d’un développement réellement durable.
5. En quelques mots, qu’est-ce que la coalition 4Sea et quel est le rôle de SeaCoop ?
La coalition 4Sea est née d’un constat : les enjeux énergétiques et environnementaux étaient trop souvent opposés, voire mis en concurrence.
Elle rassemble des organisations environnementales pour porter une vision commune pour la mer du Nord : développer l’énergie offshore, tout en protégeant la biodiversité et en intégrant les enjeux sociétaux
SeaCoop soutient pleinement la vision de 4Sea et signé une déclaration d’intention commune, aux côtés d’acteurs du secteur et des ONG de 4Sea.
Une partie de la future zone Princesse Elisabeth se situe à proximité — voire partiellement à l’intérieur — d’une zone marine protégée Natura 2000. Pour les organisations environnementales réunies au sein de 4Sea, cela renforce encore l’importance d’intégrer des exigences fortes en matière de biodiversité dans le développement offshore.
L’objectif est clair : promouvoir des projets offshore qui soient à la fois bons pour le climat, respectueux de la nature, et bénéfiques pour la société. Une approche “win-win-win” .
6. Quel rôle peuvent jouer les citoyens et les coopératives dans ce contexte ?
Les citoyens ont un rôle bien plus important qu’ils ne le pensent.
Les coopératives comme SeaCoop permettent d’abord de créer du lien entre les projets offshore et la société, en informant et en répondant aux préoccupations du public.
Mais leur rôle va plus loin :
- elles peuvent porter des exigences plus ambitieuses en matière de biodiversité,
- relayer ces enjeux dans le débat public,
- et influencer les décisions politiques.
Enfin, elles incarnent une attente forte : celle d’une transition énergétique qui ne soit pas uniquement technique, mais aussi porteuse de sens et d’impact positif pour la société.
Pour aller plus loin:
- La Belgique dispose d’un programme de surveillance écologique couvrant l’intégralité de la partie belge de la mer du Nord, afin de répondre aux exigences de surveillance de la Directive-cadre Stratégie pour le milieu marin et de Natura 2000 (rapports tous les 6 ans). Les données sont stockées dans Belgisch Marien Data Centrum.
- De 4Sea coalitie https://www.bondbeterleefmilieu.be/4seahttps://www.linkedin.com/company/4seacoalition/
- Suivez 4Sea coalition: https://wwf.be/fr/champs-action/proteger-ocean/proteger-la-mer-du-nord
- 10/09/2025-Offshore windenergie voor de toekomst, met en voor de natuur: https://www.bondbeterleefmilieu.be/artikel/offshore-windenergie-voor-de-toekomst-met-en-voor-de-nat…
- 12/2023: Article in Edition Winter 2023, pages 16-18: Wind energy and nature protection can and must advance together in the North Sea
- 10/10/2023 - Windenergie op onze Noordzee: wat met de vogelmigratie?: https://www.natuurpunt.be/nieuws/windenergie-op-onze-noordzee-wat-met-de-vogelmigratie